Une journée avec Saint-Pol-Roux (Marseille, 15 janvier 1861-Brest, 18 octobre 1940)
"Le temps n'est plus des sonnets contre la cheminée, mais des vallées harmonieuses et des mers déchirantes." Répoétique.
Livre découvert à 16 ans environ, dans une bibliothèque de petit village breton. Livre qui logiquement, si ce n'est le lien breton, n'aurait pas dû se trouver dans cette bibliothèque, livre égaré. Tout comme son lyrisme, égaré, égarant. Fascination aussitôt, née de cette étrangeté, de l'incompréhension aussi; fascination perdurant, en allers-retours fréquents pour creuser encore l'abîme ouvert. A la même époque, dans la même bibliothèque, je lis René Char (dans la Pléiade!); je n'y suis pas revenu (et pourtant...). De Saint-Pol-Roux, j'ai depuis parcouru à peu près toute l'oeuvre, pas toujours convaincu, mais ces essais, ces extraits de carnets me bouleversent toujours, d'une façon ou d'une autre. Une mystique appuyée sur un sens de la formule, un univers en soi (de l'individuel fondu dans l'universel), la poésie faite prophétie.
M'intéresse aussi vivement la difficulté d'écriture relevée par G. Macé et l'oeuvre en miettes qui en découle:
"Le phénomène est troublant: il y a chez Saint-Pol-Roux à partir de 1905 environ, une difficulté à construire un discours de longue haleine, à mener une démonstration parfaitement ordonnée; le fil de la pensée n'est pas continu. Deux titres au moins sont à cet égard assez significatifs: "en ramassant des galets" et "en cueillant des immortelles". Ils indiquent bien qu'écrire consiste à rassembler les fragments d'un ordre dispersé, d'une parole éclatée: l'oeuvre est en miettes".
"Ma solitude.
Je me suis trop éloigné pour savoir.
Nous vivons trop sur nous.
Nous refaisons le monde alors qu'il faut en construire d'autres.
Thalessa: évade-toi."
"On lit trop, on apprend trop - trop pleins.
Nous sommes tous des agrégés de l'Université au lieu d'être simplement des agrégés de l'univers."
"Défricher l'infini.
Créer des paysages."
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